Je vous parlais l'autre jour du nouveau Bonnie 'Prince' Billy à venir, Now Here's My Plan, petit tour du propriétaire avec son groupe actuel, lancé par une reprise plutôt enlevée d'I See A Darkness et un clip rigolo. Hier, j'ai reçu ce joli nouveau six-titres, accompagné d'un recueil d'entretien avec Alan Licht. Et comme je ne fais pas les choses à moitié quand je passe une commande chez Domino, s'y ajoutait la réédition vinyle de Lost Blues & Other Songs, compilation d'une bonne partie des 7" et 10" de Palace (Brothers, Music ou tout court). Un disque essentiel pour qui aime la folk lo-fi ou l'americana, qui s'ouvre sur le premier single sorti par l'ami Oldham: Ohio River Boat Song. A la réécoute, je me dis qu'avec un titre inaugural pareil, le barbu de Louisville peut rivaliser avec New Order et son Ceremony pour le titre de meilleur premier single ever.
Histoire de marquer le coup, je vous mets une vidéo rare d'un concert de Will Oldham d'il y a un bail, à New York en 1994, sans le poil au menton, mais déjà plein de cette émotion cathartique si unique.
(Quant à Robert Pollard qui apparaît à la fin, ne me demandez pas ce qu'il fout là...)
Sans doute est-ce dû à la programmation très nineties du For Noise - Grandaddy, dEUS, The Divine Comedy - mais je me suis retrouvé à faire clic-clic sur YouTube, période brit-pop. Rien de bien nouveau, la rétromanie en somme, comme dirait l'autre. Et puis voilà que je retombe sur la reprise du Common People de Pulp par William Shatner. Mais oui, Hooker! Ou le Capitaine Kirk, dans Star Trek, pour les geeks. Un titre extrait de son album Has Been, que j'avoue n'avoir jamais écouté, malgré... l'originalité de cette reprise. Et l'incongruité d'entendre Shatner faire son Jarvis Cocker, soutenu sur le refrain par ce bon vieux Joe Jackson. Donc je ne résiste pas à partager cette (re)trouvaille avec vous. Et comme il n'y a pas de clip officiel et que je ne pouvais me résoudre à vous mettre la pochette d'album en plan fixe, un peu de Star Trek quand même, façon cartoon.
Pour les fans du groupe d'Oxford et les nostalgiques des vieilles consoles de salon, un mariage contre-nature aux résultats plutôt fascinants: OK Computer et Kid A version 8 bit. Ou comment rêver d'une partie de Super Mario sonorisé par Radiohead. Tout à fait inutile, donc complètement essentiel.
Après avoir fait joujou avec la no-wave et la noise, Liars semble décidé faire mumuse avec la new-wave. Et l'electronica. Du moins à en croire ce premier extrait de WIXIW, sixième album annoncé pour début juin. Et accompagné d'un clip barré, comme à l'habitude. On se réjouit d'entendre la suite.
Huh? Revenu d'entre les morts une fois encore, J Spaceman signe son meilleur album depuis "Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space".
Spiritualizedˀ - Mary
A l'intérieur de l'édition vinyle de Sweet Heart Sweet Light, deux photos. Le trafic routier d'un côté. Un visage au nez sonné de l'autre. A croire que J Spaceman aurait été victime d'un accident de la route. Surtout qu'on retrouve pas moins de 3 médecins et quelques infirmières crédités dans les remerciements de l'album.
Heureusement, il n'en est rien. Ou malheureusement peut-être. Car si l'ex-Spaceman 3 a bien visité les hopitaux ces dernières années, c'était pour une chimiothérapie, sans qu'on en sache plus. La poisse pour un musicien déjà passé à deux doigts de la mort il y a 7 ans, suite à une pneumonie qui lui aura valu deux arrêts cardiaques.
Pour la petite histoire, la pochette de l'album - un peu embarrassante - est inspirée de cette mésaventure médicale. Ou comment résumer en un mot l'effet des médicaments sur le cerveau de J Spaceman. Reste que Sweet Heart Sweet Light respire une toute autre inspiration. Comme avec Songs In A&E il y a 3 ans, on va finir par croire que la maladie permet à Spiritualizedˀ de se sublimer. Car si le précédent marquait un vrai mieux après l'ampoulé Let It Come Down et l'anecdotique Amazing Grace, Sweet Heart Sweet Light est peut-être le meilleur album du groupe anglais depuis le sommet Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space (1997, quand même).
Démarrant sur une intro légère, l'album s'envole dès sa deuxième piste, Hey Jane, ballade folk hallucinée qui vaut mieux que la réputation sulfureuse de son clip. Comme s'il voulait concilier les diverses directions empruntées en une carrière, J Spaceman commence sur un exercice de songwriting très roots qui se mue en Wall Of Sound pop-gospel-psyché du plus bel effet, le tout sur près de 10 minutes (une construction que l'on retrouve, d'une autre façon, sur Mary).
Passé ce démarrage en trombe, Sweet Heart Sweet Light calme un peu ses ambitions, sans rogner sur la qualité. Spiritualizedˀ assume plus que jamais ses envies de songwriting - déjà palpable sur Songs In A&E - tressant des ballades classiques mais habitées (Freedom), qui ne sont pas sans évoquer Wilco par instants (le très beau Little Girl). Un songwriting qui se marie très bien à un psychédélisme délicat également, d'un Too Late façon Flaming Lips à un Life Is A Problem comme un cantique gentiment halluciné.
Reste que le groupe anglais ne renie pas sa part de bruitisme et sa passion pour les murs du son. De l'obsédant Get What You Deserve au poignant So Long You Pretty Thing, en passant le très velvetien Headin' For The Top, Sweet Heart Sweet Light renoue avec la folie démiurge de Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space, projetant la pop en orbite, entre gospel, psychédélisme, shoegazing et vieux garage. De quoi faire ranaître les frissons et les rêves de grandeur du passé. Et rappeler que J Spaceman est toujours l'un des laborantins pop les plus passionnants d'Angleterre et Spiritualizedˀ son vaisseau amiral.
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