20/05/2008

Si maman si...

Babyrock "Regarde maman, je rocke!" "C'est bien mon petit, plus tard tu feras des beaux disques..."

Je ne sais pas pour vous, mais moi j'ai un abonnement à eMusic. C'est peut-être con, mais j'aime bien acheter des MP3 de temps en temps. Oui, j'ai bien dit acheter. Les prix sont modiques, le choix étoffés (sauf si on reste vissé sur les catalogues des majors) et le tout réserve parfois de bonnes surprises. Ainsi, je viens d'acheter le récent SYR7 de Sonic Youth, sorti uniquement en vinyl, et eMusic m'a permis d'en télécharger les deux titres en MP3 pour presque rien, m'évitant de me replonger dans les secrets techniques de ma platine USB.

Ceci dit, eMusic vaut presque autant pour son catalogue que pour ses idées originales. Parmi celles-ci, notons la présence d'un magazine on-line à l'approche plutôt décalée. Les conseils s'y succèdent, émanant d'abonnés, de critiques, d'artistes ou encore de leurs mamans. Oui, vous avez bien lu. Comme dans le prolongement de la fête des mères, plusieurs génitrices - ouh que c'est moche comme mot - de musiciens indés nous parlent de la musique de leurs rejetons respectifs. Madame Beirut nous avoue sa préférence pour Elephant Gun et Sunday Smile, ainsi que pour d'autres chansons dont elle oublie le nom. Madame Bon Iver a quant à elle un coup de coeur pour re:Stacks, chanson qui referme le premier album de son fiston. Tandis que Madame Bowerbirds - on en parle bientôt ici, promis - fait écouter à ses élèves la musique de son fils, lesquels adorent In Our Talons (essayez, vous verrez, c'est très très bien). Pour d'autres histoires de famille - de Bishop Allen à Adam Green - c'est ici!

19/05/2008

Gregor Samsa - Jeroen Van Aken

GsPhoto de famille rare Pour un groupe discret mais précieux: Gregor Samsa.

Il y a parfois de drôles d'injustices. Prenez Gregor Samsa. Tandis que Sigur Rós et d'autres groupes post-rock à tendance planante jouissent d'une aura étonnante, le groupe américain végète lui dans un anonymat qui frise l'incompréhension. Pourtant, ni son premier album (27:36) ni sa suite (55:12) n'ont à rougir devant les mers de tranquillité et les envolées oniriques des apôtres du genre. Les deux disques échappent d'ailleurs au ridicule, au contraire de certaines errances exaltées.

Pour ma part, j'ai découvert le groupe américaine suite à une chronique dithyrambique lue sur le net. Puis je me souviens avoir trouvé 27:36 dans les bacs à soldes de la FNAC (à 5 francs, soit 3 euros pour les lecteurs français). Est-ce à dire que tout le monde se fiche de Gregor Samsa? On aurait tort en tout cas.

Avec son troisième album Rest, Gregor Samsa poursuit son évolution entamée sur 55:12. Exit les soudaines envolées, en sourdine les guitares. Naviguant toujours plus loin sur la frontière entre ambient et musique contemporaine, le groupe renforce ses arrangements (bois et cordes en tête) pour rhabiller des mélodies de piano jouant habilement des répétitions, sans perdre de vue une certaine évidence pop. L'ensemble se délite sur l'ensemble de l'album, telle une oeuvre qui dévoilerait sur la longueur ses recoins, de ralentis sismiques (Ain Leuh) en brumes boisées (Abutting, Dismantling ou Pseudonyms), moins évanescente qu'il n'y paraît. Jusqu'à gagner le mystère du panorama offert par la pochette, entre dérive d'un monde fragmenté et paysage lunaire.

Gsr Gregor Samsa
Rest
Own Records (import)

www.gregorsamsa.com

www.myspace.com/gregorsamsamyspace

Télécharger le MP3

16/05/2008

Radiohead - OK Computer

Rokc A la fin du printemps 1997, Radiohead n'était encore qu'un groupe de rock comme les autres. Pour nombre de journalistes, de fans ou pour l'adolescent de 17 ans que j'étais. J'avais chanté en fermant les yeux sur Creep, m'étais plutôt emmerdé sur Pablo Honey et avait bien aimé The Bends, fermé une nouvelle fois les yeux sur Street Spirit.

A la fin de l'été 1997, Radiohead était devenu, au choix, le meilleur groupe du monde ou le sauveur du rock.

Entre ces deux moments: OK Computer.

Pour ma part, je n'attendais pas ce disque avec frénésie ou impatience. J'avais beaucoup aimé l'inédit Lucky, paru sur la compilation Help, mais je ne m'attendais pas à un album radicalement différent de The Bends pour autant. Et puis il y a eu le premier extrait, Paranoid Android, et son clip réalisé par Magnus Carlsson. Une construction inouïe à mes oreilles - post-rock ou prog-rock entreraient plus tard dans mon vocabulaire - d'une mélodie entêtante transpercée de larsens explosifs à un final mélancolique à souhait avant une une ultime décharge électrique.

Autant dire que j'ai rapidement guetté l'album après ça. Et je n'ai pas été déçu. Comme beaucoup d'autres j'ai découvert en Radiohead un groupe d'exception que je n'avais pas décelé plus tôt. Décrire l'album titre par titre n'aurait aucun sens. Plutôt quelques sons: la basse bourdonnante d'Exit Music (For A Film), la voix synthétique de Fitter Happier, la guitare aérienne et obsédante de No Surprises.

Par la suite, ma passion pour Radiohead alla crescendo, malgré les trois ans d'attente avant Kid A (trois ans seulement? dans ma mémoire ils m'en paraissent six au moins!). Une passion nourrie par la capacité du groupe à étonner, à oser Je me souviens de sa prestation à Nulle Part Ailleurs, sur Canal +, quelques jours avant la sortie de Kid A. Morning Bells puis Idiotheque. Difficile de faire plus surprenant que cet orage électronique. L'émission à peine terminée, j'étais au téléphone avec ma copine de l'époque - fan elle aussi du groupe d'Oxford - prompt à commenter ce à quoi nous venions d'assister, à tirer les fils de l'album à venir.

J'ai cru revivre cette excitation l'automne dernier, avec l'annonce de la sortie d'In Rainbows. Mais la révolution s'est vite révélée un feu de paille. Rien de grave en fait. Dans l'intervalle, nombre de disques et de groupes sont devenus des passions de chevet, m'ont offert surprise et émotion, à la manière de Radiohead et de son OK Computer , qui fut un éveil au rock pour pas mal de gens à la fin des années 90.

14/05/2008

3 x April

AprilAvril en noir et blanc Parce qu'on ne se découvre pas d'un fil, sous un vent mélancolique.

Le disque est sorti le 1er avril. Mais il n'a rien d'une blague. Même pas drôle. Mark Kozelek préfère la mélancolie à la gaudriole, avec Red House Painters comme au sein de Sun Kil Moon. Et on ne va pas s'en plaindre.

April est magnifique. Sobres et limpides, les mélodies de Kozelek sont portées par une voix profonde et délicate, pour des teintes de gris en dégradé. Rien à jeter. On se sent chez soi dès les premières notes, pris dans une atmosphère cotonneuse, une mélancolie aérienne. Et Heron Blues est un vrai petit chef-d'oeuvre avec son gimmick obsédant, la six-cordes en suspension.

1. Lucky Man
2. Heron Blues
3. Moorestown

13/05/2008

Our Brother The Native - Younger

ObtnLa relève arrive Mal dégrossi, mais déjà bourré d'idée, le trio US trouve sa voie sur son second album.

Pour son coup d'essai, Our Brother The Native avait des allures de petit frère d'Animal Collective. Les mêmes rythmiques tribales, les mélodies poisseuses et les chants débridés. Comme si Fat Cat avait voulu pallier à la défection des premiers, partis chez Domino.

Bonne surprise ce printemps de retrouver un groupe plus émancipé du grand frère. Avec Make Amends, For We Are Merely Vessels Our Brother The Native creuse un sillon plus personnel, sans renier ses influences pour autant. Le chant évoque encore parfois Animal Collective, mais joue du trémolo à la manière de Silver Mt. Zion, le prêche en moins. Surtout, il se fait plus rare, plus en retrait, suivant les inflexions des mélodies. Dignes de Godspeed You Black Emperor!, celles-ci font la part belle à des guitares hautes et déliées, jouant de la répétition en évitant de passer par la case crescendo (ou en surprenant au moment de s'y plier, traversé par une folie psychopathe). Le tout est plus malsain qu'aérien - ou appliqué - à l'image d'un clip plutôt dérangeant - ou dérangé.

Avec le temps, les disques assimilables à la grande famille post-rock se sont multipliés, mais ceux qui font plaisir se comptent chaque année sur les doigts d'une main. Le second album d'Our Brother The Native hésite quant à lui entre le pouce et le majeur, entre une approbation façon "Ecole des fans" et un grand FUCK OFF lâché à ceux qui n'y auraient vu que de piètres campistrons. Bravo les p'tits gars!

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