24/07/2008

L'électricité rock plutôt que les bons sentiments

Deus dEUS 2008 Beaucoup vous diront que c'était mieux avant. Pour ma part, j'opterai pour un c'était parfois mieux, mais c'est toujours très bien.

"Nous faire jouer en ouverture du festival, c'est comme avoir un orgasme sans le sexe!" Lâché en fin de concert par le chanteur de The Hives, le slogan est un brin orgueilleux, même si les Suédois n'auront pas à rougir de leur prestation. En plein jour, sur la grande scène, à un horaire qui sied mieux à l'apéro qu'aux décibels, le quintet adepte d'un garage-rock vintage a su attirer et séduire le public de Paléo. C'est déjà mieux que d'autres de leurs congénères, tels les Dandy Warhols il y a deux ans dans des conditions similaires, à quelques degrés près.

Pour le reste, The Hives offre un show digne de The Hives. Soit un groupe plutôt taillé pour les clubs, capable malgré tout de tenir une scène de géant, jusqu'à faire de ses limites un atout. Avec deux "réels" tubes au compteur (dont un Main Offender balancé presque d'entrée) et un savoir-faire peut-mieux-faire, les Suédois parviennent à déverser une heure plus que cohérente, servis par un son gentiment sixties et une gestuelle maîtrisée, entre le show décalé et le remplissage assumé. La mayonnaise prend, la foule se réveille et l'explosion finale Hate To Say I Told You So parachève un concert moyen, mais de belle facture.

Après, le désert. J'erre sur le terrain en quête de décibels, mais déchante vite. Solange la frange reprend Justin Timberlake sur la scène du Détour. On sourit, puis on tourne les talons. Sur la Grande scène, Cali supplie Brice Hortefeux et le président de la république, pourfend le racisme et l'injustice, pleure les sans-papiers. Puis reprend With Or Without You de U2. Je me sens nauséeux devant ce déballage de bons sentiments vu de loin, à peine digne d'un Léo Ferré de supermarché.

Quelques bières et un pétard plus tard, je rejoins le Chapiteau où dEUS est attendu. Malgré un très décevant Vantage Point, c'est le groupe d'Anvers qui m'a empêché de plier bagage plus tôt. Je les ai déjà vu six fois, mais une bonne surprise peut toujours être au rendez-vous Le premier morceau me fait cependant douter de mon choix. Carré, un brin froid, presque absent, la troupe de Tom Barman ouvre sur un titre récent. Mais dès le deuxième morceau, les choses s'arrangent. Instant Street n'a peut-être jamais aussi bien sonné, d'une ballade ensoleillée à un final plus massif encore que sur disque. S'en suit un Fell Off The Floor Man plutôt bien dépenaillé, dont les ultimes mesures font la part belle aux digressions instrumentales.

dEUS maîtrise la scène, jongle plutôt bien entre un passé éblouissant (écrasants Bad Timing et Theme For Turnpike, mélancolique Serpentine) et un présent plus circonspect. De Favourite Game à Oh Your God, les chansons de Vantage Point ne font pas taches dans le paysage, même si elles révèlent une écriture moins fascinante. Seul le piano de Smokers Reflect ne peut éviter la faute de goût, coupable d'une parenté gênante avec les affreux Keane. Heureusement pour dEUS, à cet écart malheureux répond un final étourdissant, d'un Suds & Soda à la fête à un Roses bourdonnant en ultime pirouette. Porté par un Tom Barman incarnant le sommet de la classe rock'n'roll, le groupe belge a certes perdu de sa folie, mais reste toujours une référence scénique d'exception dans un bon soir, même à la septième vision.

23/07/2008

Blind "ukulélé" test - 1

Ce week-end, un peu par hasard, j'ai retrouvé un dossier rempli de MP3 sur mon PC. Tous joués par la même musicienne. Une blogueuse qui s'appelait Pauline Easy, disait venir d'Hawai et reprenait chaque jour sur son site un morceau pop armée de son ukulélé.

Aujourd'hui, le blog de Pauline n'existe plus. Mais en réécoutant ses dizaines de MP3, je me suis dit que ce serait une bonne idée de faire revivre son travail, souvent étonnant, tant dans son interprétation que dans ses choix. Ou comment aimer soudain un titre que l'on déteste, peiner à reconnaître un classique absolu ou redécouvrir un titre de coeur.

Voilà donc l'idée. Comme certains ont leurs mots croisés ou leurs tests d'été, "Bon pour les oreilles" proposera désormais aussi son jeu estival, le mercredi pour faire bonne figure. A chaque fois, cinq extraits de chansons en un bloc. A vous de les reconnaître. A la clef? Le plaisir de répondre mieux et plus vite que les autres (arrêtez de nier, vous adorez ça).

Vos réponses en commentaire... et que le meilleur gagne!

22/07/2008

Un tube de l'été entre guillemets

Drg_2Attention Dr Gonzo A trop jouer avec les pincettes du second degré, on perd toute saveur.

Le tube de l'été. Une véritable institution, riche en ritournelles increvables et à crever. Le genre d'airs dont on ne peut se défaire une fois qu'on les a entendus... même si c'est tout ce qu'on souhaiterait. Lambada, Macarena ou encore Chihuahua, des titres qui fleurent le soleil, tapent sur les nerfs et crament toutes véléhités musicales.

Le post-modernisme ambiant ne pouvait que se régaler de cette tradition paillarde. En quelques coups de pinceaux à paillette, les tenants du bon goût inventent cet été le tube fréquentable. Un cheval de Troie dont on ne sait pas bien s'ils visent à piéger les adeptes des soirées camping ou les mélomanes en bronzette.

L'objet du délit est visible sur Arte. Un casting éclectique mais respectable (Nina Hagen, Jacques Higelin, Micky Green), un chef d'orchestre du même tonneau (Gonzales), un clip entre les bijoux Pixar et Le soldat rose et une chanson piochée dans l'imaginaire collectif (Love Is All). Le résultat? A la hauteur de la formule. Soit un exercice pénible et bancal qui fait sourire la première fois puis lasse, sans pourtant qu'on se retrouve avec la ritournelle prisonnière de la caboche. Ou alors la version originale, par Butterfly Ball, dans lequel s'ébatent Roger Glover (Deep Purple) et James Ronnie Dio (Black Sabbath).

Dans Raison d'être, Ramuz considère que reprendre des expressions du langage orale en les affublant de guillemets équivaut à les prendre avec des pincettes. En choisissant de faire un tube de l'été fréquentable, vaguement arty, Gonzales et Arte font de même. Et même si le Canado-berlinois n'a jamais caché son amour sincère pour le kitsch, cette reprise en carton-pâte donne l'impression d'avancer à reculons. Je préfère donc réécouter la ritournelle entêtante de Butterfly Ball. Mais pour vous, je vous laisse juges...



21/07/2008

Port O'Brien - I Woke Up Today

PobUne certaine idée du rock US De Pavement à Bright Eyes, les chansons de Port O'Brien n'ont pas peur de l'héritage indie.

Quelque temps déjà que je n'avais pas eu de nouvelles de City Slang. Depuis le superbe premier album de Get Well Soon fin janvier, pour être exact. Et voilà quatre disques d'un coup qui tombent dans la boîte aux lettres, dont un nouveau Calexico à venir pour l'automne.

Parmi les trois autres sorties, Port O'Brien se détache clairement. Par sa petite histoire d'abord. "Pour Van Pierszalowski l' année a 265 jours jolies. Et 100 jours d' enfers. Van a 24 ans, ecrit et chante le pluspart des chansons de son groupe Port O’Brien. Chaque été il est dans les eaux en Alaska sur un bateau de pêche de saumon, effectué par son père." Voici ce que nous raconte le dossier de presse. Et on aime bien ce portrait, dans un français approximatif, presque poétique.

Ce qui tombe bien, c'est que la musique est l'autre atout de Port O'Brien. Et en bon marin, Van Pierszalowski y visite plusieurs ports d'attache du rock américain. Le plus flagrant? Celui où trainait Bright Eyes à l'époque de ses meilleurs albums (Fevers And Mirrors, Lifted Or The Story Is In The Soil Keep Your Ear To The Ground). Un folk teinté de lyrisme emo et servi par une écriture à l'élégance rurale. A ce titre, les chansons les plus clairement tournées vers la mer sont épatantes (Stuck On A Boat, Fisherman's Son).

Mais si l'ombre de Conor Orbest plane sur ce second album du groupe, elle n'est pas seule. Une ballade bancale comme Don't Take Me Advice rappelle Pavement (Billie, par exemple, sur Terror Twilight), tandis que certains morceaux plus électriques évoquent le style de Band Of Horses. Au final, Port O'Brien donne à l'auditeur l'impression de naviguer en eaux connues. Ce qui n'est pas forcément désagréable. Car si l'originalité n'est pas la qualité première de All We Could Do Was Sing, le talent de songwriter de Van Pierszalowski suffit à séduire. On ne sait pas si cet album lui permettra de tourner le dos à l'Alaska définitivement, mais si tout ce qu'il peut faire c'est chanter... ben c'est déjà bien.

Pobawcdws Port O'Brien
All We Could Do Was Sing

City Slang/TBA

www.portobrien.com
www.myspace.com/portobrien

Télécharger le MP3

18/07/2008

Le plat de résistance en entrée

TnThe National Dernier petit tour par le Montreux Jazz Festival pour une soirée où il valait mieux être à l'heure.

Passons d'abord sur la prestation d'Interpol, froide ou fade selon les points de vue. Un groupe égaré, qui semble se chercher entre un dernier album lorgnant vers les plates-bandes d'Editors et un concert aux airs de tribute autiste à une new-wave qui n'en demandait pas tant.

Passons donc sur la tête d'affiche du soir et arrêtons-nous plutôt sur les amuses-bouches, décidément bien plus goûtus. Il fallait arriver à l'heure au Miles Davis Hall, histoire de découvrir les Danois de The Kissaway Trail. Jolie surprise de l'édition 2008 de l'Eurosonic, le groupe signé sur Bella Union confirme, dans une salle peut-être un peu trop grande pour lui. La large scène étouffe un brin l'énergie que peut dégager The Kissaway Trail. Mais ses chansons tiennent le choc, hymnes électriques efficaces et accrocheurs. Comme en janvier, on pense à un hypothétique tribute à Arcade Fire mené par Mogwai. Références, références, mais ces petits Danois n'en sont qu'au début et on attend la suite de pied ferme.

Pour leur part, les Américains de The National ont déjà une jolie discographie au compteur. Quatre albums et deux EP's pour être exact, dont un récent Boxer de haut niveau. Sans surprise, ce sont les titres de ce diamant noir qui font l'essentiel du concert. Fake Empire, Mistaken For Stangers, Brainy ou encore un imposant Squalor Victoria en ouverture. Plus en forme que lors de leur passage au Romandie ce printemps - même si le chanteur Matt Berninger semble éthyliquement vascillant à nouveau - le groupe oscille entre ambiances à l'âcre mélancolie et coups de sang bienvenus. Le tout soutenu par une section cuivre qui rehausse encore les débats.

Maîtrisée autant que magnétique, la prestation convainc, même si (encore une fois) on regrette la taille de la salle. Avec son songwriting classieux et crasseux, The National appelle un cabaret fantasmé, mi-velours, mi-cuir, plutôt qu'un écrin à la neutralité vertigineuse. Malgré cette réserve qui empêche la magie d'être totale, le concert hypnotise les spectateurs, pris dans le spleen électrique d'un groupe à la fois héritier des Bad Seeds de Nick Cave et des Tindersticks des débuts. La ferveur est là mais ne suffit pas à offrir un rappel pour The National. Dommage, tant le groupe paraît à son sommet. Mais ce soir, la tête d'affiche a pour nom Interpol et on fait bien d'aller voir ailleurs.

Photographies: © Daniel Balmat © Montreux Jazz Festival Foundation

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