L'électricité rock plutôt que les bons sentiments
dEUS 2008 Beaucoup vous diront que c'était mieux avant. Pour ma part, j'opterai pour un c'était parfois mieux, mais c'est toujours très bien.
"Nous faire jouer en ouverture du festival, c'est comme avoir un orgasme sans le sexe!" Lâché en fin de concert par le chanteur de The Hives, le slogan est un brin orgueilleux, même si les Suédois n'auront pas à rougir de leur prestation. En plein jour, sur la grande scène, à un horaire qui sied mieux à l'apéro qu'aux décibels, le quintet adepte d'un garage-rock vintage a su attirer et séduire le public de Paléo. C'est déjà mieux que d'autres de leurs congénères, tels les Dandy Warhols il y a deux ans dans des conditions similaires, à quelques degrés près.
Pour le reste, The Hives offre un show digne de The Hives. Soit un groupe plutôt taillé pour les clubs, capable malgré tout de tenir une scène de géant, jusqu'à faire de ses limites un atout. Avec deux "réels" tubes au compteur (dont un Main Offender balancé presque d'entrée) et un savoir-faire peut-mieux-faire, les Suédois parviennent à déverser une heure plus que cohérente, servis par un son gentiment sixties et une gestuelle maîtrisée, entre le show décalé et le remplissage assumé. La mayonnaise prend, la foule se réveille et l'explosion finale Hate To Say I Told You So parachève un concert moyen, mais de belle facture.
Après, le désert. J'erre sur le terrain en quête de décibels, mais déchante vite. Solange la frange reprend Justin Timberlake sur la scène du Détour. On sourit, puis on tourne les talons. Sur la Grande scène, Cali supplie Brice Hortefeux et le président de la république, pourfend le racisme et l'injustice, pleure les sans-papiers. Puis reprend With Or Without You de U2. Je me sens nauséeux devant ce déballage de bons sentiments vu de loin, à peine digne d'un Léo Ferré de supermarché.
Quelques bières et un pétard plus tard, je rejoins le Chapiteau où dEUS est attendu. Malgré un très décevant Vantage Point, c'est le groupe d'Anvers qui m'a empêché de plier bagage plus tôt. Je les ai déjà vu six fois, mais une bonne surprise peut toujours être au rendez-vous Le premier morceau me fait cependant douter de mon choix. Carré, un brin froid, presque absent, la troupe de Tom Barman ouvre sur un titre récent. Mais dès le deuxième morceau, les choses s'arrangent. Instant Street n'a peut-être jamais aussi bien sonné, d'une ballade ensoleillée à un final plus massif encore que sur disque. S'en suit un Fell Off The Floor Man plutôt bien dépenaillé, dont les ultimes mesures font la part belle aux digressions instrumentales.
dEUS maîtrise la scène, jongle plutôt bien entre un passé éblouissant (écrasants Bad Timing et Theme For Turnpike, mélancolique Serpentine) et un présent plus circonspect. De Favourite Game à Oh Your God, les chansons de Vantage Point ne font pas taches dans le paysage, même si elles révèlent une écriture moins fascinante. Seul le piano de Smokers Reflect ne peut éviter la faute de goût, coupable d'une parenté gênante avec les affreux Keane. Heureusement pour dEUS, à cet écart malheureux répond un final étourdissant, d'un Suds & Soda à la fête à un Roses bourdonnant en ultime pirouette. Porté par un Tom Barman incarnant le sommet de la classe rock'n'roll, le groupe belge a certes perdu de sa folie, mais reste toujours une référence scénique d'exception dans un bon soir, même à la septième vision.


















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