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09/03/2006

Dominique A en interview

Quinze ans déjà que Dominique A fait partie du paysage musical français. Une carrière qui l'aura vu fréquenter aussi bien la scène rock indépendante que les espaces dévolus à la chanson française, comme dans un esprit de réconciliation. Avec à chaque fois des virages et des remises en question qui ont permis à sa musique de viser de nouveaux horizons.

Au moment où sort son septième album - L'Horizon, justement - il répond à nos questions, évoquant ses choix et ses envies, sur le fil toujours entre rock et chanson.

Dominique_a_2 Pour ce nouvel album, vous avez choisi de vous entourer des musiciens de votre dernière tournée. Qu'est-ce qui a motivé ce choix?

C'est tout d'abord lié à une volonté de fonctionner selon une optique "humaine". Mais aussi à l'envie de retrouver une configuration "familiale". C'est pourquoi on y retrouve encore d'autres musiciens avec lesquels j'avais déjà collaboré par le passé comme Olivier Mellano et Sacha Toorop, ainsi que Dominique Brusson. Sur Tout sera comme avant, je m'étais entouré de gens que je connaissais peu au départ. L'expérience s'était très bien passée, mais il y avait des terrains d'entente à trouver musicalement, ce qui n'était pas simple. J'ai beaucoup dû prendre sur moi-même afin de composer avec leurs différents univers.

On vous a longtemps collé l'étiquette de "chanteur minimaliste". Pourtant aujourd'hui vous optez pour des compositions plus complexes et ambitieuses. Pourquoi cette évolution?

Cette ambition était déjà en germe depuis longtemps. Mais c'est l'album d'Alain Bashung L'imprudence qui a donné l'impulsion pour la réaliser et a abouti à Tout sera comme avant. Je me suis dit qu'il fallait reprendre les choses en main et m'aventurer sur le terrain de la composition. Ce qui impliquait de dépasser certaines peurs, principalement au niveau des arrangements. Quant à l'étiquette minimaliste, c'est avant tout une question de forme. Mais disons que de mon point de vue, je revendiquais plus une certaine sobriété qu'un réel minimalisme. Je suis très attaché à la musique folk et mon absolu serait d'arriver à faire un jour un album de folk qui se construirait autour de pas grand-chose. Quelque chose de dépouillé où les chansons se suffiraient à elles-mêmes et où l'interprétation ne réclamerait pas d'arrangements supplémentaires. Finalement c'est un peu après ça que je cours depuis des années, avec cette impression d'utiliser des chemins sinueux pour y arriver (rires).

Un titre comme Rue des marais sur le dernier album correspond à cette formule, par exemple…

Oui, mais je ne peux pas encore développer ce type d'écriture sur la longueur d'un album entier. Ça me tente, mais je me dis aussi que j'ai encore envie de m'amuser avec les arrangements et le travail en groupe.

Pour la première fois le format des chansons s'allonge avec L'Horizon. Est-ce que c'est quelque chose que vous souhaitiez depuis longtemps ou bien est-ce né, entre autres, de la dernière tournée ou du travail autour du dernier album?

C'est une idée qui m'a toujours attiré. Le problème c'est que ce type de longueurs ne se justifie pas souvent. Mais quand j'ai commencé à composer un titre comme L'horizon, il était évident de par le déroulement du texte et l'encastrement des parties musicales que ça allait être un morceau assez long. Et à ce moment-là, j'avais vraiment envie de faire un album composé de morceaux de 7-8 minutes. Quelque chose qui ressemblerait au Laughing Stock de Talk Talk, avec ses 6 morceaux assez long, que je considère comme un absolu du genre. Ou encore comme certains morceaux de Manset, avec des textes un peu à rallonge et des parties musicales qui s'encastrent les unes dans les autres.

Malgré cela, on trouve aussi des morceaux plus courts sur ce nouvel album. Pourquoi ce changement par rapport à l'idée initiale?

Chemin faisant, je me suis un peu désolidarisé de ce projet, pour revenir à des choses plus simples, selon l'évolution des idées. Quand une chanson plus légère et pop comme Dans un camion est arrivée, je n'ai pas voulu me brider. J'ai préféré que ce soit un fonctionnement naturel et que les petites bluettes de 3 minutes puissent faire leur apparition et empiètent carrément sur le projet initial. Et puis ces morceaux plus courts, plus évidents, peuvent fonctionner comme des chevaux de Troie, qui permettent de rentrer dans l'ambiance des morceaux plus longs.

Vous aviez peur de vous couper d'un certain public?

A l'heure actuelle j'ai conscience de ne pas encore être assez connu pour me permettre de réaliser un disque trop complexe. Ou alors cela signifierait une forme de retour dans l'underground. Et j'avoue que cette option m'ennuierait. Car ce serait revenir à un public plus restreint, au sein duquel tout le monde se ressemble, où les gens dans la salle correspondent presque physiquement à ceux qui sont sur scène. A mon avis, il n'y a rien de plus triste. Je garde le désir que ma musique ne soit pas réservée à une sorte d'"élite".

Dominique_a_2_3 Avec vos précédents albums, on a souvent eu l'impression de changements de cap radicaux. Avec L'horizon par contre, on a le sentiment de retrouver des sonorités issues de différentes périodes de votre carrière. Peut-on parler d'une formule équilibrée avec ce nouvel album?

C'est vrai que cet album est un peu synthétique. Je m'en suis rendu compte en le faisant, qu'il y avait un peu de toutes les périodes dans L'Horizon et que le travail avec le groupe permettait de faire la jonction. Mais c'est aussi ce que je cherche à construire. L'idée que les disques ne sont pas simplement des disques qui fonctionnent par opposition les uns avec les autres, mais qu'on puisse se déplacer dans la discographie et qu'on y trouve des points de jonction évidents entre les périodes et entre les chansons. Au final, c'est peut-être une évolution qui amène à une façon différente de dire les mêmes choses, sans qu'on s'en rende compte. Mais sur la longueur, on peut prétendre à une certaine justesse. Ça me rappelle une interview de Robbe-Grillet dans laquelle il expliquait qu'un artiste passe la plupart de son temps à ne pas savoir ce qu'il fait, mais à être dans une quête de l'ordre du dépassement de soi, dont le but reste très obscur.

Justement, parlons d'écriture. Avec vos textes, vous avez développé un style très personnel, une poésie à la fois imagée et dépouillée. Quelle place occupe cette écriture dans votre travail?

L'écriture est aussi importante que la musique pour moi. Et surtout, c'est le premier travail. C'est-à-dire qu'à partir du moment où le texte existe, les paris sont ouverts (rires). Il y a plein de possibilités et de choix musicaux qui apparaissent autour d'un texte. Ce qui est drôle par contre, c'est que les chansons qui fonctionnent le mieux sont celles où je ne vais pas chercher la mélodie, mais où elle apparaît au moment de l'écriture du texte. Et quand bien même je vais ensuite chercher à la modifier, je finis toujours par revenir à la première inspiration. Par exemple, pour un titre comme L'horizon, qui est écrit en alexandrins, très rapidement une rythmique est apparue et je n'ai pas pu m'en détacher, même si j'ai tenté d'en enregistrer des versions alternatives, avec des mélodies différentes et très travaillées. Mais je revenais toujours à la première, car c'était celle qui était le plus en adéquation avec les mots, du fait qu'elle était née en même temps.

Est-ce que l'on peut alors vous considérer comme un chanteur "littéraire"?

Souvent en France on parle de cette approche "littéraire" pour la chanson. Pour moi, malgré le fait que le texte vienne en premier, je considère que j'ai une approche plutôt musicale. Simplement, comme je suis très attaché aux mots et aux romans, j'aurais mauvaise conscience de chanter quelque chose avec lequel je ne me sens pas en phase. Donc ça suppose un travail d'écriture et un goût pour les textes qu'on chante. Par exemple, au niveau du vocabulaire je cherche à rester dans quelque chose de simple et d'assez restreint, ne pas utiliser de mots alambiqués qui empêchent le texte d'être musical. Souvent, un mot trop sophistiqué peut faire barrage à l'émotion globale de la chanson.

Est-ce que c'est un choix est nécessaire pour faire du "rock en français", écueil sur lequel beaucoup se cassent les dents?

Oui, bien sûr. Encore que je suis en quelque sorte un "enfant du rock", mais tout autant un enfant de la chanson française. Donc aujourd'hui cette idée de sonner rock me passe au-dessus, parce que c'est juste naturel pour moi de travailler dans ce style.

Quel regard portez-vous sur la chanson française actuelle?

J'ai l'impression qu'une nouvelle génération arrive maintenant, qui vient plus du rock indépendant. Donc un petit retour à l'esprit du milieu des années 90. Comme les Nantaises Mansfield Tya ou encore Arman Méliès. J'aime assez leur approche plus onirique de la chanson, ce qui manquait peut-être ces dernières années. On était trop dans la description du quotidien, une option qui me fatigue à la longue. Je crois qu'il y a d'autres sujets pour les chansons et, surtout, il y a une grande prétention à vouloir décrire ce qu'est le quotidien. Et puis, je ne suis pas très à l'aise avec l'idée de la chanson "rigolote", qui raconte un truc marrant. C'est bien une fois, deux fois, mais au bout de trois fois la date de péremption est passée (rires). C'est un peu comme de revoir un film comique. On rigole bien la première fois et ensuite un peu moins.

Horizon Dominique A
L'Horizon
Olympic Disk/Disques Office

www.commentcertainsvivent.com

Session Radio Paradiso le 13 mars, de 19h à 21h sur La Première.

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Très bonne interview Christophe. Questions très pertinentes et réponses ad hoc bien sûr.

L'album deviendra mien cet après-midi... en attendant je suis allé voir le monsieur en show-case à la FNAC St Lazare avant-hier. Petit set solo électrique (1 heure quand même), puissant et émouvant comme d'habitude. Les nouveaux morceaux s'annoncent très beaux, même à l'état "brut" (boucles de guitare/voix). Très impressionné par le titre "L'Horizon" notamment, j'ai hâte de l'entendre avec les arrangements de l'album. Quelques anciens titres au programme également, dont une géniale version New Orderesque (c'est lui qui l'a dit) du "Courage des oiseaux".

Bref Dominique A c'est du bon, ton interview également comme le blog dans son ensemble. Vivement le Mr. VIP (ça va être quoi d'ailleurs ? Une interview aussi ?). Bravo et bonne continuation !

Chapeau bas pour la qualité et le contenu de ton blog !!!
Une interview a été diffusée sur Europe 1 cette après-midi, en effet c'est Frédéric Taddéï dans le cadre de son émission "Regarde les hommes changer" qui s'y est collé.
grace au podcsat sur le site d'europe 1 tu peux l'a réécouter. J'en ai fait une brève sur mon blog.

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