Le palmarès des Victoires de la Musique a pris des airs de soirée de l’ambassadeur, maîtrisant à merveille l’art de la diplomatie. Les trois favoris déclarés se sont ainsi partagé les principales récompenses. Trois pour Raphaël, deux pour Camille et une pour Amel Bent. Chacun représente un certain public, abonné à la télé-crochet, aux revues et radios spécialisées ou aux ondes plus adolescentes. Pas de jaloux au final.
Un partage à l’image d’une soirée bien sage. Timorée vers la fin avec les musiques électroniques et le hip-hop. En récompensant Disiz la Peste, on a choisi un rappeur gentil en des temps de troubles sociaux et politiques (ce sont ses propres mots ou presque, lâchés ironiquement puis étouffés volontairement). Une victoire suivie d’une prestation scénique prêchant la bonne parole et la réconciliation. On aurait pu attendre un peu plus d’engagement de la part de la profession, au moment où la classe politique attaque de front la scène hip-hop, la désignant comme bouc-émissaire des émeutes de l’automne.
Que retenir d’autre de ces 21e Victoires de la Musique? Les vocalises de Camille, la dédicace vengeresse de Noir Désir contre Lio, le rouge à lèvres de Cali, les mimiques de Katerine, l’humour d’Anaïs… C’est bien maigre comme butin. Surtout, on retiendra l’ennui soporifique du duo formé par Nagui et Michel Drucker. Quand l’aîné incarne la force tranquille, presque paternaliste, le second y va de son commentaire à chaque occasion: coups de cœur, analyses, rappels, anecdotes. Jusqu’à cette manie de rappeler constamment le "fair play" des artistes, leur capacité à chanter même s'ils n'ont pas gagné de prix. La musique est un art, non? Pas une compétition...
Mais le pire fut sans doute l’accumulation des remerciements et autres révérences, envers les tenants du service public (qui n’ont pas toujours donné une place à la musique), les sponsors, les politiques, la famille. Un lourd parfum de suffisance et d’auto congratulation, où l’on s’empresse encore de rappeler l’horaire de Taratata ou de Vivement dimanche. Des maîtres de cérémonie bien pâles et révérencieux, à l’image d’une soirée qui caresse la chanson et le public dans le sens du poil. On récompense les plus vendeurs ou les plus connus, on offre la scène à quelques nouveaux venus (Anaïs, Pauline Croze) ou on en case parmi les nominés (Nosfell). Mais on fait bien attention de ne pas désavouer le public.
Quant aux sempiternelles digressions de Nagui, on n’en retiendra finalement qu’une seule. Une tirade qu’il emprunte à Katerine (que celui-ci aurait prononcé en guise de remerciement à l'occasion d’une hypothétique Victoire): "Vous êtes fous! Vous ne rendez pas service à la musique."








faut-il encore faire de la radio ?
Rédigé par: eski | 06/03/2006 à 21:51
Nagui doit être interdit de parole et Drucker pendu avec son micro.
J'ai adoré Anais.
Rédigé par: YAK | 10/03/2006 à 14:18