Entre déroulé de la musique suisse et soirée de l'ambassadeur, Label Suisse a tenu ses promesses, variant les ambiances entre le Studio 15 et l'improbable Usine Tridel.
Vendredi - Plutôt Gainsbourgeois que Gainsbarre
Soirée douce au-dessus de Lausanne pour l'ouverture de Label Suisse. Au menu du châpiteau, une session Paradiso en hommage à Gainsbourg - 15ème anniversaire de sa mort oblige. Si le programme laisse sceptique par son allure hétéroclite, je me laisse tout de même tenter, prêt à être surpris. Et je ne suis pas le seul! Une foule s'amasse sous la tente, réunissant tous les âges autour de l'homme à tête de chou.
Première à fouler la scène, Laurence Revey offre un avant-goût de son nouvel album, annoncé pour la fin du mois. En incarnation electro elle s'en sort plutôt bien, notamment dans l'exercirce du soir avec une reprise touchante du Requiem pour un con. Bon début, mais le soufflé retombe très vite. Eldissa n'a vraissemblablement pas croché sur le thème imposé et préfère rester dans son pré carré, soit des reprises de tubes disco à la sauce bossa-nova. A Fame succède un morceau étrange, traversé par instants du leitmotiv "Sea Sex & Sun", comme pour la forme. Le duo Block/Francioli remet la soirée sur les rails avec un numéro autiste dans le plus pur style Gainsbarre. Mais la gentille Jyaleen ramène aux bons sentiments, soutenue par Pascal Rinaldi sur un Comic Strip plus très coquin... C'en est trop pour ma gainsbourophilie et je prend le chemin de l'Usine Tridel.
Bonne idée, même si j'arrive trop tard pour The Delilahs. Au public bigarré de la RSR, se substitue une masse de corbeaux nocturnes, attirés sans doute par la venue de Samaël. Dans cet imposant bloc de béton, transformé pour un week-end en réceptacle musical, l'ambiance est moins gothique qu'industrielle, mais toujours électrique. Quant à la rock'n'roll way of life, la vraie, c'est sur la plateforme VIP qu'on la trouve. Le tout musique romand s'y est réunit, festoyant autour d'open bars presque indécents... quand Sarclo piaillait sur les cachets, il avait peut-être raison aux vues des petits fours et du champagne!
Samaël parti, les Young Gods prennent pocession de la scène, pour clôturer la face rock de cette première soirée. Corbeau dansant et hypnotique, Franz Treichler apparaît toujours comme la même silhouette habitée, scandant les meilleurs tubes d'un trio devenu mythique: Envoyé, Kissing the Sun et bien d'autres, 20 années de carrière traversent le set, se terminant sur un nouveau titre jouissif! Ensuite, retour au bar pendant que la scène se transforme en dancefloor jusqu'au petit matin.
Samedi - Tridel est plein... les VIP aussi
Petits yeux pour démarrer cette seconde... journée! Car Label Suisse n'attend pas la nuit pour déployer son programme. A l'apéro, les plus lève-tôt auront apprécié une drôle de fanfare celtique, avant que le hip-hop prenne d'assaut l'Usine Tridel. Entre ces deux rendez-vous, je me presse au Studio 15, pour un Tanger-Glasgow-Lausanne-Genève prometteur.
En ouverture, le trip-hop d'Aloan fait mouche, bien qu'un peu trop référencé. Le flow du chanteur rappelle un Zach de la Rocca plus apaisé, tandis que les wouah-wouahs électroniques renvoient au premier album de Portishead. Malgré cela, Aloan conserve une belle énergie, qui suffit à imposer leur cocktail mélodique. Second sur la liste, Casagrande m'avait impressionné sur disque. Sur scène, la musique perd pourtant en étrangeté ce qu'elle gagne en tension, sous le poids des guitares. Mais la voix de son chanteur permet à Casagrande de conserver son pouvoir d'attraction.
Mais la révélation de cet après-midi vient de Lausanne. En vacances de ses Magicrays, Raphelson ouvre les portes d'un songwriting sensible et original, irrésistible sur scène. A la guitare ou au Wurlizer, le chanteur à casquette tire les larmes, dans des interprétations à la fragilité magique rappelant aussi bien Jeff Buckley que Andrew Bird. Tout simplement magnifique!
Après une petite sieste méritée, direction le châpiteau une nouvelle fois, pour retrouver l'ami Fauve. En trio, le "Tigrou" de la pop continue à impressionner, plus convaincant à chacune de ses sorties. Coincé au milieu d'une drôle de Session Paradiso ("L'enfer du paradis"), il parvient à tirer son épingle du jeu, se payant même le luxe d'offrir au public deux nouveaux titres, plus que prometteurs en vue d'un deuxième album.
A peine le temps d'apprécier la country rigolote des Dead Brothers, direction l'Usine Tridel, pour une soirée sous le signe de l'electro bigarrée. Après un joli set coloré des locaux Sumo, Gotan Project préfère le blanc immaculé - le groupe devrait se rebaptiser "Soirée Eddie Barclay" - et la recette ultra-répétitive. Heureusement pour moi, la plateforme VIP croule sous le poids des invités, en rotation autour du bar à champagne et du bar tout court. En feu d'artifice final, on se repaye une couche d'adolescence avec un mix de Mr Mike, histoire de rythmer la valse des gin tonic!
Dimanche - Dur, dur, les lendemains d'hier...
Le bar VIP de Tridel m'a laissé K.O. dans le petit matin... donc ce n'est que pour le dernier concert que je rejoins Label Suisse dimanche soir. Mais l'affiche est alléchante. En première partie, les Genevois d'Exphase présentent une création en collaboration avec le Drumming 4tet. Pour la suite, Polar débarque, entouré d'invités bigarrés (Joseph d'Anvers, Da Silva, Abd Al Malik et Jérémie Kisling).
Renforcée par des cordes et un trio de percussions diverses (un membre du Drumming 4tet est absent), la musique d'Exphase gagne en intensité, sans perdre sa finesse d'arrangements. Visuellement, cette collaboration amène encore un effet réussi, permettant à Exphase de gagner en présence, dans une salle peut-être trop imposante pour sa soul sensorielle.
Mais la véritable star de la soirée, c'est bien Polar! Traversant son dernier opus Jour blanc, et se payant le luxe d'un retour en anglais dans le texte, l'Irlando-Genevois muscle sa musique, bien accompagné par un trio électrique. Encouragé par un public enthousiaste, Polar s'offre même un bain de foule en fin de set, traversant les premiers rangs armé de son micro et de sa guitare. Une énergie communicatrice, à l'image d'une scène suisse qui tient la forme. On ne peut pas en dire de même de votre modeste serviteur, fatigué par trois soirées de festival et d'open bar, qui abandonne son poste alors que retentissent les accords du Brasier. Label Suisse, c'était une belle fête, avec des lendemains contonneux...
Photos © RSR.multimedia














l'usine Tridel, un endroit approprié pour se mettre minable à l'open bar!! au son de Samaël et des Young Gods, j'aurais voulu être là...
Rédigé par: Bebop | 03/10/2006 at 15:45
Ahah! Petit joueur! J'étais fraiche comme la brise, moi, le dimanche matin :-))
Rédigé par: Louiza | 05/10/2006 at 13:31
Hmm... ça frime, ça frime, mais le slogan "Le dimanche Tridel te transforme (un peu) en poubelle", c'est pas moi qui l'ai inventé ;-)
http://www.mixremix.ch/blog/media/tridel.jpg
Rédigé par: Christophe | 05/10/2006 at 21:18