Bruxelles, mi-décembre. La capitale belge est dévorée par le brouillard et une bruine glaçante. Usine gothique à la façade imposante, les Halles de Schaerbeek résonnent des premiers accords de Sonic Youth, enchaînant Pink Steam et Or pour boucler leur soundcheck. Les deux dernières pistes de Rather Ripped (bonus tracks diverses exceptées), titres les plus tortueux d'un album direct qui renoue avec la définition même d'une jeunesse sonique.
En 2006, Sonic Youth a enchaîné les disques et les tournées, de la réédition de son premier EP éponyme au printemps à une compilation panoramique en guise de cadeau de Noël. Dans les coulisses des Halles de Schaerbeek, Kim Gordon déambule le visage caché derrière de grandes lunettes noires. Steve Shelley et Lee Ranaldo sont plus discrets, pianotant sur leur labtop, entre e-mail et page MySpace. A quelques heures d'un concert complet depuis plusieurs semaines, les trois New-Yorkais se prêtent au jeu de l'interview, d'un retour sur l'année écoulée à un coup d'oeil vers l'avenir...
Réédition de votre premier album, fin du contrat avec Geffen, compilation de faces-B et de raretés… 2006 ressemble méchamment à une fin de cycle pour Sonic Youth!
Lee Ranaldo: C'est vrai que les événements parlent en ce sens. Mais il s'agit plutôt de coïncidences. Par exemple, cela fait plusieurs années que nous songions à rééditer notre premier album. Mais nous n'avions jamais trouvé le bon moment pour nous y atteler, de manière à ce que cela n'interfère pas avec nos autres projets et que l'on puisse prendre le temps de réfléchir aux bonus à y ajouter. Donc non, on ne peut pas parler de fin de cycle, même s'il est intéressant de constater que tout arrive en même temps. Envisageons plutôt cela comme le début d'une nouvelle phase.
Justement, avec la fin du contrat chez Geffen, dans quelle direction pensez-vous poursuivre votre carrière?
Kim Gordon: Musicalement, nous n'avons pas vraiment de plans pour la suite. On se contente de jouer et les choix s'imposent d'eux-mêmes.
Steve Shelley: Malgré la fin du contrat avec Geffen, il n'est pas non plus impossible que l'on rempile. Dit comme ça, cela peut paraître étrange. Mais les choses changent tellement vite dans l'industrie du disque actuellement, qu'on ne sait pas vraiment où elles en seront au moment de sortir un nouvel album. De plus, il y a encore des projets de rééditions de notre back-catalogue. Les discussions restent donc tout à fait ouvertes avec Geffen.
Et qu'en est-il de votre projet de publier votre concert de Beaubourg en compagnie de Brigitte Fontaine?
Steve: C'est vrai que cela fait quelque temps déjà que nous avons envie de sortir cet enregistrement. Mais il y a encore quelques problèmes à régler, qui ne concernent ni Brigitte ni nous, mais... hmm... des "businessmen".
(Chanson écoutée: Fire Engine Dream)
Cette année, Thurston Moore déclarait que le téléchargement ne tue pas la musique, mais l'industrie, ponctuant d'un sec: "Tuez-les tous!". Songez-vous à réaliser vos prochains albums uniquement via Internet?
Kim: Dans les années à venir, les grandes compagnies qui tiennent le marché du disque pourraient bien exploser. Malgré tout, c'est essentiel pour nous de continuer à sortir des CD et des vinyles, des objets concrets.
Steve: Se contenter d'albums à télécharger ne me semble pas intéressant. On a beaucoup de MP3 sur notre site, mais je ne pense pas que l'on commercialisera un jour un album uniquement par ce biais.
Lee: Mais il est clair que le futur de la musique est intimement lié à Internet. Cela change ce que les artistes peuvent faire, notamment au niveau du format. Si j'arrive comprendre qu'on puisse aimer juste une chanson, je reste vraiment attaché au concept d'album, car c'est le témoignage d'un moment dans la carrière d'un artiste, un passage avec un début et une fin, en quelques sortes.
Revenons à The Destroyed Room, votre dernière sortie en date. Pourquoi avez-vous choisi de publier cette compilation?
Kim: Parce que c'était prévu dans notre contrat.
Steve: Euh... en réalité, le contrat s'est terminé avec la sortie de Rather Ripped.
Lee: Et Geffen nous a ensuite proposé de sortir un album supplémentaire, hors contrat. Et comme cela faisait quelque temps déjà que nous avions l'idée d'une compilation de raretés, nous avons profité de cette opportunité. Au final, c'est d'ailleurs assez amusant de sortir The Destroyed Room sur Geffen, alors qu'il s'agit de morceaux plus proches de ceux que nous publions sur notre propre label, S.Y.R.
C'est une nécessité pour vous de "séparer" ainsi votre carrière, entre les albums pour Geffen et les projets plus expérimentaux sur S.Y.R.?
Kim: En fait on compose sans penser à cette séparation. Ensuite, on se rend très vite compte si les morceaux correspondent à un album "normal" de Sonic Youth ou aux enregistrements de S.Y.R.
Lee: Cette séparation est due uniquement au fonctionnement de l'industrie discographique. Une grande maison de disques comme Geffen implique des albums de "chansons", au format plus calibré, et un certain espacement entre chaque disque.

(Chanson écoutée: Three Sectional Love Seat)
Comment avez-vous choisi les titres qui composent The Destroyed Room?
Kim: Dès le début, il était clair que nous ne voulions pas faire une compilation du type "les meilleures chansons" ou autres. Nous avons préféré privilégier la notion de panorama, offrant un large résumé de notre travail ces dernières années.
Et pour le titre et la photographie de Jeff Wall qui orne la pochette?
Kim: C'est seulement une photo qu'on aime, sans qu'on ait cherché à faire passer un message.
Lee: Cela fait même plusieurs années qu'on pensait utiliser cette photo pour un album. Et cette fois ce fut l'occasion.
Cette compilation tranche clairement avec Rather Ripped, sorti cet été, qui est l'un de vos albums les plus résolument pop-rock et direct. Cette orientation découlait-elle d'un choix ou bien s'est-elle imposée naturellement?
Kim: Sonic Nurse était également direct, non?
Oui, mais les morceaux étaient plus long en bouche, plus complexes. Tandis que ceux de Rather Ripped sont parfois littéralement "catchy"?
Steve: La plupart des chansons ont été initiées par Thurston. Nous avons ensuite travaillé ensemble autour de ces premières esquisses et le résultat est venu naturellement. Avec le temps, on se connaît tellement tous les quatre qu'on n'a plus besoin de parler, qu'on peut se contenter de jouer. Ce qui explique peut-être ce côté plus direct.
Lee: De plus, nous avons beaucoup travaillé ensemble pour construire les morceaux. Les directions que prend notre musique dépendent ainsi de nos différentes personnalités. Ce qui fait, par exemple, que selon celui qui chante, les chansons prennent des tonalités et des sonorités différentes.
Ce retour à une formation à quatre est lié au départ de Jim O'Rourke. Est-ce que cela a aussi changé quelque chose dans la manière d'aborder ce nouvel album?
Steve: Oui, même si ça n'a pas été une énorme révolution de retravailler à quatre. On a fonctionné comme ça pendant tellement d'années… Par contre, c'est vrai que cela a apporté des changements au niveau de la production. Aussi bien du fait du départ de Jim qu'avec l'arrivée de John Angello, qui a notamment travaillé avec Dinosaur Jr.
Une longue tournée a suivi la sortie de cet album. Est-ce que vous trouvez toujours autant de plaisir à jouer?
Lee: Bien sûr! Faire de la musique est toujours la chose qui nous excite le plus et nous sommes conscients du privilège qui est le nôtre. Et même si on fait parfois des concerts spéciaux, liés à des projets ou à des collaborations, ce que l'on préfère c'est ce genre de concerts rock, faits de chansons. On privilégie toujours les morceaux tirés de nos albums sortis chez Geffen, mais c'est un choix personnel et non une obligation contractuelle.









Belle IW mon cher Christophe. Vraiment.
Rédigé par: Charterhouse11 | 04/01/2007 à 11:40
Super interview mec !
Rédigé par: Joe Pinou | 04/01/2007 à 15:14
une itw de SY c'est toujours cool, merci !
Rédigé par: Il Sorpasso | 08/01/2007 à 10:08
hey sympa ce site! c'est toi qui a itwvé sonic youth? classe. it's my favorite group u know... girls go to mars become rock stars.
Rédigé par: petitefille | 21/05/2007 à 17:37
Merci pour cette super interview , très bien!!
Rédigé par: Alice | 25/04/2008 à 10:37