Surprise de la rentrée, Nick Cave délaisse ses Bad Seeds un instant, pour lancer Grinderman. Pas de véritable abandon, puisque le crooner australien s'entoure d'une triplette de luxe déjà présente dans les Bad Seeds: le violoniste Warren Ellis (également leader de Dirty Three), le batteur Jim Sclavunos et le fidèle bassiste Martyn Casey.
Plus rock et crasseux que les élucubrations romantico-bibliques des derniers Bad Seeds, Grinderman permet à Nick Cave d'endosser à nouveau sa défroque de prêcheur électrique, entendue au sein de The Birthday Party ou sur les premiers disques des Bad Seeds. Alors, ce gang de cow-boys barbus? Parenthèse, renaissance ou fantasmes rock'n'roll? Rencontre à Londres avec le gang au complet:
Cela fait plusieurs années que vous travaillez ensemble, au sein de Nick Cave & The Bad Seeds.Pourquoi avoir choisi de créer un nouveau groupe aujourd'hui?
Nick Cave: Parce qu'on était vraiment bon! (rires)
Jim Sclavunos: On a une longue relation de travail entre nous quatre. Mais nous nous sommes dits que la transformer en une réelle entité nous permettrait peut-être d'arriver à de nouveaux résultats et de nous surprendre à nouveau.
Au moment de travailler ensemble, est-ce facile pour vous de vous mettre dans la peau d'un groupe ou de l'autre? Ou bien y a-t-il un risque de faire la même chose à chaque fois, à force de trop se connaître?
Warren Ellis: C'est sûr que l'on ne peut pas vraiment se redécouvrir. Mais l'important, c'est qu'on a un réel plaisir à jouer ensemble au sein de Grinderman.
Jim: Et malgré tout, parfois quelque chose d'inattendu peut surgir. Notamment du fait que Nick joue de la guitare dans Grinderman et presque pas de piano. Cela nous permet de découvrir de nouveaux territoires.
Justement, quelle différence cela fait-il pour vous de jouer de la guitare?
Nick: C'est quelque chose de très nouveau et d'excitant. Par exemple, après cette interview nous allons rejoindre le studio pour jouer ensemble. Et là je me dis que ça m'ennuie de m'imaginer assis derrière mon piano… mais non! Je vais jouer de la guitare! Et c'est vraiment cool. Surtout qu'au sein de Grinderman, j'ai l'impression de faire partie d'un groupe, avec lequel nous avons tous plaisir à jouer.
Ça vous fait vous sentir plus jeune?
Nick: Oh non! J'ai passé les 30 dernières années de ma vie à essayer de d'échapper à ma jeunesse et ses excès. Et aujourd'hui j'y suis enfin arrivé. Donc je n'ai aucune envie de me sentir plus jeune.
J'ai passé les 30 dernières années de ma vie à essayer d'échapper à ma jeunesse et ses excès. Et aujourd'hui que j'y suis arrivé, je n'ai aucune envie de me sentir plus jeune.
Comment avez-vous procédé pour composer les chansons de Grinderman?
Nick: On a essayé de jouer ensemble le plus possible. D'abord parce qu'on aime vraiment ça et que beaucoup de choses peuvent en sortir. Ensuite, parce que c'est quelque chose de relativement nouveau pour nous. On ne travaille jamais de cette manière au sein des Bad Seeds, mais plutôt selon des projets donnés, qu'il s'agisse de l'enregistrement d'un album ou de la préparation d'une tournée. Mais nous ne jouons jamais ensemble entre un album et une tournée.
Warren: Surtout, au sein des Bad Seeds, c'est Nick qui joue le rôle de déclencheur. On se remet au travail quand il arrive avec des chansons.
Est-ce que c'était une nécessité pour vous de changer cette manière de travailler?
Nick: Oui, car du fait que nous avons l'habitude de jouer ensemble, on ne pouvait pas créer Grinderman sans changer notre manière de travailler.
Après le succès public et critique de The Lyre Of Orpheus/Abattoir Blues, n'aurait-il pas été plus confortable de poursuivre dans cette direction?
Warren: Mais Grinderman va aussi être un succès! (rires)
Nick: Et puis le succès peut parfois avoir quelque chose… hmm… d'ennuyeux. Et ce qui n'en a pas gagne en valeur. Donc avec Grinderman nous essayons de nous planter et de nous faire virer (rires). Plus sérieusement, en créant Grinderman, on a pu enregistrer un album sans pression. Pour un disque des Bad Seeds, on ne peut pas se permettre de se planter ou de faire quelque chose de mauvais. Tandis que là, nous étions vraiment libres.
Est-ce que cela veut dire que vous vous sentiez limités au sein des Bad Seeds? Ce qui peut paraître étrange, dans la mesure où c'est vous qui avez créé le groupe.
Nicks: Absolument. Mais c'est ainsi, il y a toujours des limites ou des contraintes.
Jim: Par exemple, le nombre de musiciens contribue à ces limitations. Il faut donner une place à chacun, ce qui influe sur les compositions et les arrangements. La géométrie du groupe impose donc ses propres contraintes au moment d'écrire des morceaux. Mais ce ne sont pas forcément des limites au sens négatif du terme.
Warren: Oui, elles peuvent également servir à aller de l'avant parfois, en tentant de les dépasser.
Par rapport à cette manière de travailler, peut-on envisager Grinderman comme une "démocratie"?
Nick: Avec le temps, je crois qu'il est difficile de parler de démocratie. Que cela soit pour Grinderman ou les Bad Seeds, j'écris les textes et personne ne trouve rien à y redire. Mais c'est vrai que la manière de jouer avec Grinderman est plus participative. Mais ça ne permet pas non plus de l'envisager comme une démocratie. On fonctionne plutôt au feeling. Du moins. on ne va pas se concerter avant pour discuter de qui veut faire quoi ou de comment on va jouer.
Allez-vous prolonger l'expérience Grinderman sur scène?
Nick: On va essayer. Mais rien n'est encore sûr. Car jouer de la guitare et chanter en même temps est quelque chose de complètement nouveau pour moi. Donc je ne sais pas trop ce que ça va donner, même si cela peut être excitant. En fait, je crois que ça me plairait bien de faire une tournée de festivals, genre le Lolapalooza, et de jouer des sets de 30 à 40 minutes devant des dizaines de milliers de spectateurs.
Jim: Pour l'instant, nous avons uniquement un concert de prévu, à l'occasion du All Tomorrow Parties Festival. Ensuite, on verra.
Warren: Car il y a encore un autre problème, plus trivial: le temps. Il faudrait que nous en trouvions, parmi nos nombreux autres projets.
Nick: C'est sans doute l'obstacle le plus important. Le temps. Ah, le temps! Time. Time… (il se met à fredonner les premiers vers de Rock'n'roll Suicide de David Bowie "Time to take a cigarette/Put it in your mouth...")
Et si vous pouviez étendre ce temps, souhaiteriez-vous mener en parallèle les Bad Seeds et Grinderman?
Nick: Oui, car Grinderman n'est pas un side-project, mais un véritable groupe. D'ailleurs on pense déjà à enregistrer un deuxième album: Grinderman Redux (rires). Mais seulement après le nouveau Bad Seeds, bien sûr.
Est-ce que ce nouveau disque des Bad Seeds sera influencé par l'expérience Grinderman?
Warren: Disons que cette expérience va nous servir pour la suite et qu'automatiquement cela s'entendra dans notre musique. Sinon, il y aurait une sorte de schizophrénie dans notre manière de travailler.
Pensez-vous que Grinderman va attirer un public nouveau, qui ne connaîtrait pas forcément Nick Cave & The Bad Seeds?
Warren: Ce serait formidable!
Jim: Pourquoi pas?
Nick: Pour être franc, je n'y avais pas pensé. Mais qui sait… D'ailleurs, j'ai parfois l'impression que le public qui vient pour mes concerts solo m'offre quelque chose de différent que le public habituel des Bad Seeds.
Parlons un peu de votre look pour terminer. Pourquoi ce retour à une certaine… hmm… pilosité exacerbée?
Nick: Je me suis laissé pousser la moustache et ensuite les autres m'ont copié. Ils me suivent là où je vais… c'est peut-être ça la démocratie de Grinderman (rires)
Warren: Mais pas du tout! C'était moi le premier.
Nick: Mais non, c'était moi. Même si c'est toi qui as la plus longue.
Martyn Casey: Quant à moi j'essaye toujours de la faire pousser…
Nick: Merci Martyn pour cette intervention (rires).
















La classe Christophe cette interview!!!
Congrat.
J'arrête pas d'entendre parler de ce groupe, même toi maintenant.....je vais y tendre une oreille je crois.
Si tu aimes vraiment ce groupe, essaies de te trouver le numéro de ce mois du magazine anglais Wire (à mon avis le seul mag valable, un peu elitiste mais bon quand même). Il y a une interview de plusieurs pages de Grinderman.
Rédigé par: tyler | 01/03/2007 at 08:56
L'album des Grinderman est très bon aussi bien du point de vue composiation que du son. C'est l'album de nick cave que l'on attendait depuis bien longtemps même si le dernier est bon. Les grinderman convient le birthday party et les cramps pour notre plus grand plaisir. A écouter la dernière sensation anglaise qui marie Bauhaus, les Fuzztones, et biensûr Birthday party : The Horrors. Merci pour l'interview.
Rédigé par: yann | 17/07/2007 at 11:00