J'avais 15 ans, lorsque j'ai découvert Joy Division. Un ami avait acheté le CD de Closer et nous avions passé une soirée, puis une nuit, à l'écouter en buvant. Pas une chanson faible, de la rythmique hypnotique d'Atrocity Exhibition au brouillard synthétique de Decades. Au réveil, le disque tournait encore, inlassablement. Très vite, j'achetais la compilation Permanent, fraîchement arrivée dans les bacs, et découvrais d'autres chansons encore (Love Will Tear Us Apart, Atmosphere, She's Lost Control), explorant la palette et l'évolution du groupe.
Plus tard encore, j'achetais un imper sombre. Puis un poster de Closer. Le vinyl d'Unknown Pleasures dans une brocante. Des bootlegs en cassettes. Le livre de Deborah Curtis enfin, Histoire d'une vie, chez Camion Blanc. La trajectoire de Ian Curtis et de son groupe me fascinait. Cette voix d'outre tombe, jamais grotesque cependant. Ces textes où se télescopaient littérature (Ballard), histoire et phobie malsaine. Et puis la basse de Peter Hook, en avant, lançant ses mélodies tendues et profondes. Les nappes de guitares de Bernard Sumner, se muant en brumes de synthés. La batterie de Stephen Morris, punk puis électronique, déchaînée ou presque sourde.
Plus que cette fascination, Joy Division m'a ouvert des portes, révélé des passerelles vers d'autres musiques. Nick Cave, Einstuerzende Neubauten, The Velvet Underground, Sonic Youth, The Cure, Dominique A, Mogwai, Godspeed You! Black Emperor et d'autres encore. Logiques ou non, mes passions musicales trouvent leur source dans cette première écoute de Closer, fonctionnant comme la porte qu'une main ouvre à l'intérieur d'Unknown Pleasures.
A force de nouvelles découvertes j'ai cependant fini par revenir moins souvent à Joy Division, jusqu'à laisser les disques prendre la poussière, jaunir le poster, prêter le livre. Et puis j'ai rencontré d'autres fans à l'université, venu au groupe sur le tard, au terme de l'adolescence. Ils voulaient former un groupe et mon vieux rêve est revenu. Pendant six mois, j'ai répété avec eux dans une grange en bordure d'une route paumée, m'improvisant chanteur. Disorder, Shadowplay, New Dawn Fades, nous revisitions le répertoire d'Unknown Pleasures avec nos maigres connaissances musicales, entre imitation et fascination. Joy Division m'avait repris.
Je ne pensais pas revivre ça à nouveau, du moins pas de manière aussi éclatante. Et puis avant-hier j'ai trouvé dans ma boîte aux lettres les rééditions d'Unknown Pleasures, Closer et Still. Passé le packaging surperbe et le remastering de bon niveau, je me suis promené parmi les trois lives proposés en bonus. Arrivé au troisième, la claque. High Wycombe Town Hall, 20 février 1980. Le son est brut, plein d'imperfections. Mais l'énergie est imparable. La batterie claque et enrage, mention à l'ouverture sous emphétamines punk de Disorder. La basse frappe, claire et martiale. La guitare suinte l'électricité en arrière-plan, puis se tait, laissant les synthés malsains prendre le pouvoir sur Isolation. Sommet du concert, Love Will Tear Us Apart n'a jamais sonné aussi bien, porté par la voix unique et maîtresse de Ian Curtis. Même les enregistrements du soundcheck, ajoutés en fin de disque, sont incontournables, révélant notamment une version alternative de The Eternal.
Comme une piqûre de rappel, un satori, une évidence: Joy Division fut et reste un grand groupe. Un des rares qui comptent vraiment. Et ce n'est pas à son histoire macabre ou à sa descendance qu'il le doit, mais à sa musique. Sa musique seulement.
Unknown Pleasures / Closer / Still
WEA/Warner
































je ne connais pas encore très bien le monde de ce groupe, mais Control et ce post me donnent réellement envie d'y faire un tour ! J'avais presque les larmes aux yeux à la fin du texte !
Rédigé par : marc | 27/09/2007 à 08:13
...
Rédigé par : Vannod Caroline | 28/09/2007 à 18:14