L'invité de la semaine - Dominique A (1)
Première partie de la grande interview de Dominique A. Au menu l'album live Sur nos forces motrices, premier témoignage sur disque de ses prestations en concerts. Du choix des morceaux à la fin d'un cycle, comment construit-on un album rendant compte d'une année de tournée?
Sur nos forces motrices est ton premier album live, trois ans après le DVD enregistré aux Bouffes du Nord. Q'est-ce qui t'a enfin décidé à graver sur disque tes prestations en concert?
J'y avais déjà pensé par le passé, mais à chaque fois les enregistrements me décevaient au final. Je n'avais aucune envie de sortir live alibi, une sorte de souvenir pour les fans. Au contraire, je cherchais à faire un disque écoutable comme un disque normal, qu'il s'agisse de musique et pas seulement de la retranscription d'une énergie scénique. Car quelle que soit ma volonté de sortir un disque avec de nouvelles versions, l'idée est de savoir si ce qu'on a enregistré tient la route. Cette fois-ci, ça a été le cas. Et donc cela pouvait passer le cap d'une écoute simple, sans le côté 3D, le rapport physique du groupe sur scène.
C'est pour cette raison que tu as choisi de prendre des extraits de différents concerts et non d'une unique soirée?
Exactement. Un concert unique c'est beaucoup trop casse-gueule. A la limite, j'aurais même désiré en enregistrer plus, genre une douzaine, car quatre, comme ça a été le cas pour Sur nos forces motrices, ça me semble encore peu. Par exemple, j'ai dû écarter certains morceaux, car même si les versions scéniques me semblaient bonnes, il n'y avait pas d'enregistrement assez satisfaisant à disposition.
Pourquoi as-tu choisi de couper les interventions entre les morceaux?
En fait, je m'en fous un peu de l'ambiance du live. Et je voulais évacuer au maximum le côté carte postale. D'ailleurs, même les applaudissements ont été réduits sur le disque. Enfin, on en a gardé quelques uns, histoire que ça ne fasse pas trop morbide (rires).
Je n'avais aucune envie de sortir un live alibi, une sorte de souvenir pour les fans.
Tu as quand même gardé un ou deux "Ready, steady, go"…
Même pour ça, j'ai hésité. Parce que cela peu parasiter l'écoute du disque. Le plaisir de réécouter les mêmes mots entre les chansons ne me semble pas évident. Un peu comme un sketch. Tu le regardes une fois, deux fois, et puis voilà, c'est fini. Et puis il y a aussi des concerts où je ne parle pas trop.
Une fois évacuée les contraintes liées aux enregistrements disponibles, comment as-tu choisi la tracklist finale de l'album?
Il y avait tout d'abord l'idée de faire quelque chose de représentatif de toutes les périodes. Ensuite, je ne voulais pas mettre trop de morceaux tirés de L'horizon, car les versions live étaient très proches de l'album, puisqu'il s'agit des mêmes musiciens. Enfin, il y avait quelques morceaux obligés comme La peau, L'amour ou Le commerce de l'eau, mais encore une fois à condition que les versions soient bonnes.
Bowling live au Romandie, Lausanne, le 22 mars 2007
Dans cette tracklist on trouve également deux chansons inédites, Revoir les choses et Marina Tsvétaéva. Envisages-tu de les réenregistrer en studio un jour ou bien sont-elles définitives dans ces versions?
Non seulement il s'agit de versions définitives, qui ne seront pas réenregistrées, mais en plus, ces deux chansons sont liées à l'histoire de cette tournée. Marina Tsvétaéva est un morceau que j'avais écrit pour L'horizon, mais que bizarrement je n'avais pas retenu au final. Et puis en le jouant, les musiciens l'ont apprécié et on a improvisé et répété ensemble pour l'étoffer. Quant à Revoir les choses, elle a été composée sur la tournée et est devenue le morceau d'introduction des concerts.
Néanmoins, ce n'est pas cette chanson qui ouvre Sur nos forces motrices...
Nous n'avons pas du tout respecté l'ordre des setlists, car nous voulions créer quelque chose de très dynamique sur disque. Et puis c'était un peu raide de commencer avec ce titre. En concert, il y a l'idée de faire rentrer le public progressivement, mais sur disque il faut que l'auditeur rentre tout de suite. Surtout qu'il n'y a pas les lumières ou le côté mise en scène.
Justement, pourquoi as-tu choisi de sortir uniquement un disque et non un DVD?
J'en avais envie, mais… hmm… tu ne t'es pas manifesté pour le financer (rires). Plus sérieusement, il a été question à un moment de travailler avec Gaëtan Chataigner, cinéaste et musicien de Katerine, car il trouvait dommage de ne pas garder une trace visuelle de cette tournée. Mais dès qu'on est rentré dans des questions de financement, on a réalisé que personne n'avait l'argent pour.
Je pense que c'est bien de s'arrêter à un moment qui laisse un sentiment de frustration...
Ce live marque-t-il également la fin d'un cycle, notamment du point de vue des musiciens qui t'ont accompagné depuis L'horizon?
Oui. Même si je ne dirais pas qu'on a été au bout du chemin. Mais disons que c'est le prix de la liberté de l'artiste solo: se couper d'un groupe avec qui il s'entend bien, pour ne pas tomber dans des systématiques et un fonctionnement qui ne lui conviendraient pas. En plus, je pense que c'est bien de s'arrêter à un moment qui laisse un sentiment de frustration par rapport à la formule. Et puis j'ai des idées d'arrangements où la part dévolue aux cuivres, très importantes ces dernières années, sera moindre.
Tu as déjà des morceaux prêts?
Potentiellement (rires). Disons que c'est délicat à dire, du moment que j'ai des désirs musicaux et des grandes lignes auxquelles je veux me tenir, mais qu'après ça peut bouger. J'ai des morceaux écrits, mais si ça se trouve il n'en restera qu'un ou deux au moment où le disque sortira. Je vais me laisser plusieurs mois d'inactivité pour travailler (rires).
Dominique A
Sur nos forces motrices
Cinq 7/Disques Office
(Sortie le 15 octobre)















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