Sonic Youth en dix chansons
La jeunesse sonique est éternelle Trente ans au compteur et des rides en apparence uniquement. Sonic Youth reste Sonic Youth, comme le démontre "The Eternal". Quelques mots de Lee Ranaldo et un retour en vidéo sur une carrière exemplaire.
En cette fin de printemps, on vante et on célèbre Sonic Youth. Et on a raison. Dix-huitième album studio du groupe new-yorkais, The Eternal est un condensé de "jeunesse sonique", dans son son comme dans ses structures. Guitariste aux cheveux blancs mais aux doigts toujours verts, Lee Ranaldo en convient: "C'est sans doute notre album le plus direct depuis longtemps. Mais c'est également celui qui contient les passages les plus complexes et sophistiqués que nous ayons jamais enregistré."
S'il n'aime pas forcément le jeu des comparaisons rétrospectives, le musicien de 53 ans reconnaît toutefois que le groupe s'est abreuvé à sa propre histoire pour The Eternal. Plus précisément en se replongeant dans Daydream Nation à l'occasion d'une tournée initiée par le festival Dont Look Back. "Nous avons redécouvert ce que nous étions en 1988: un groupe en train de créer son style, connaissant ses premiers succès. Nous sommes fréquemment influencés par ce que nous écoutons. Et cette fois-ci, notre influence principale a été nous-mêmes, il y a 20 ans."
Un coup d'oeil dans le rétro qui ne doit pas occulter la suite à venir. Plus cohérent et assuré que jamais, Sonic Youth s'impose comme l'unique dinosaure estimable d'une histoire du rock faite de démissions, de soumissions ou de compromissions. Entre ses albums "officiels" et ses multiples projets parallèles, le groupe américain a su trouver une dynamique créatrice viable. Et son récent exil sur Matador laisse augurer de très belles choses pour l'avenir, "car aujourd'hui, s'il est devenu plus facile de sortir un disque et de le rendre disponible à ceux qui s'y intéressent, il est plus important que jamais de travailler avec des gens qui vous comprennent et s'intéressent à votre démarche."
Histoire de marquer le coup dans la longue liste des hommages rendus à un groupe loin d'avoir abdiqué, jouons ici la carte d'une sélection en son et images, toute subjective. Car la jeunesse sonique est décidément éternelle.
Making The Nature Scene - Pas forcément le titre le plus évident parmi les premiers jets - on peut lui préférer l'increvable "Brother James" ou le nouveau classique "She Is Not Alone" - mais sans doute le plus emblématique de ce que sera le groupe. Une rage froide, presque sourde, habitée par le chant cathartique et excité de Kim Gordon. Tout un programme d'entrée entre friction des guitares et fulgurance post-punk.
Express Way To Yr Skull - Un classique, un vrai, morceau majeur des concerts du groupe à travers le temps. Issu d'un album foutraque et aimable passionnément - "EVOL" - il introduit la longueur dans l'oeuvre du groupe, prolongeant l'énergie rock tout le long de structures en domino, ouvertes à l'expérimentation sans oublier l'évidence électrique.
Schizophrenia - Le mix idéal, déjà. Tout est là. Une rythmique pavlovienne, un riff de guitare accrocheur, un duo vocal insufflant deux univers au morceau. Multipliant les pistes musicales, "Schizophrenia" offre un réservoir à la richesse inépuisable pour tout groupe qui se cherche un parrainage de qualité. Et un album entier aux minimalistes qui opteraient pour la facilité.
Teen Age Riot - Poursuivant sur sa lancée, Sonic Youth fait mieux qu'affirmer son univers: il accouche de son album-monde. Ou de son album-monstre. "Daydream Nation", manifeste pour un autre rock, dans une décennie pourrie par Mtv et les bêtes de stade. Labyrinthique sans jamais oublier d'être limpide, cette électricité est revêche, ne se laisse domestiquer que pour mieux éclater, dans la distorsion comme dans les orfèvreries.
Dirty Boots - Le cirque rock'n'roll est en train de s'ouvrir. Et Sonic Youth frappe les premiers coups à sa porte. Oubliant un instant ses cathédrales soniques, le groupe ose le format dominant, couplet-refrain-pont-etc. Sans pour autant perdre son tranchant. La jeunesse sonique est en marche, son règne arrive.
Sugar Kane - Le dernier verrou à sauter. "Nevermind" et Nirvana imposent la scène indé sur l'autel de l'industrie. Sonic Youth rejoint les rangs de l'armée montée par David Geffen, yuppie s'emparant du paysage rock. Débordant de tubes patentés - "100%". "Youth Against Fascism", "Chapel Hill" - "Dirty" est l'autre grand brûlot rock d'une époque. Mais Sonic Youth n'oublie pas ses marottes pour autant, à l'image de ce "Sugar Kane" où les guitares dialoguent en toute liberté.
Bull In The Heather - Comme à bout de souffle, Sonic Youth se cherche, hésitant entre un retour aux sources, de nouvelles architectures ou la culture de son nouveau pré carré. Les albums s'en ressentent, ne survivant que par quelques traits de génie - des méandres de "The Diamond Sea" au souffle pop de "Bull In The Heather" - quand ils ne sombrent par totalement, à l'image de "NYC Ghost & Flowers".
Paper Cup Exit - Requinqué par son label (SYR) et l'arrivée du sorcier Jim O'Rourke (révélateur, entre autres, d'un Wilco nouveau), Sonic Youth reprend du poil de la bête. Et captive à nouveau avec "Sonic Nurse". Fort des meilleurs atouts du groupe, l'album comprend peut-être la plus belle chanson de Lee Ranaldo, bâtisseur discret d'un rock tortueux et mélodique à la fois. "Paper Cup Exit" et son refrain à tiroirs sonne comme l'aboutissement d'une obsession personnelle.
Pink Steam - Plus pop que jamais, "Rather Ripped" présente un Sonic Youth réconcilié avec son histoire et ses influences. D'une pop-song minute ("Incinerate") à un relent de Velvet ("Do You Believe In Rapture?"), le groupe trouve une fraîcheur nouvelle. Et touche au génie lorsqu'il revisite ses propres constructions, sur un "Pink Steam" aux airs de titre-étalon, l'introduction en toile d'arraignée, la voix éternellement adolescente de Thurston Moore ensuite.
Anti-Orgasm - Fer de lance du petit dernier "The Eternal", cette anti-orgasme est un classique pour fan dès la première écoute. Normal, il réunit tous les ingrédients qui font le charme de Sonic Youth: deux voix, des tressages de guitares, une distorsion lourde, une rythmique débridée, un pont en suspension. Si "The Eternal" est un bon disque, "Anti-Orgasm" est une grande chanson. Tout simplement.






















Les commentaires récents